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  • Karim

Il y a des voyages dont on ne revient jamais. Plus grave encore, ceux qu’on fait sans le savoir. J’ai beau faire semblant de vivre, j’ai beau remplir mes journées de choses qui m’occupent, mais il vient toujours un moment où je replonge dans un doute sombre quand je me demande si je t’ai vraiment rencontrée. J’ai mal de savoir que tu existes peut-être quelque part loin de moi, et je souffre encore davantage à penser que mon esprit t’a inventée. L’amour au grand jour est une plaisanterie de ce siècle. Rien ne vaut les brûlures de la nuit aux heures où les gens bien dorment dans des draps de bonne conscience. J’essaie de te retrouver entre les songes que j’ai eus, ceux qu’on m’a donnés et ceux que mon cerveau a tissés comme une dentelle noire et délicate. Mes nuits sont interminables tant tu m’échappes, pourtant, l’aube arrive toujours trop vite puisque je ne t’ai pas trouvée. Je ne veux pas savoir qui tu es, mais juste me rappeler l’endroit où je pourrai t’apercevoir encore une fois. Ça peut bien être une terre lointaine qui attend son voyageur ou une oasis qu’on retrouve seulement quand on s’est perdu. Je ne saurais même pas quoi te dire, parler c’est déjà un peu tuer le mystère de toute façon, mais j’ai mille regards à déposer sur tes lèvres avant que le silence de ma bouche rencontre celui de la tienne.


Image: inconnu

Inspiration : @yasmina.couturee

  • Karim

S’il faut saigner jusqu’au bout, et perdre tant de soi et de son sang dans ce qu’on donne à Dieu et autres, ça me va. On est sur terre pour prendre des coups comme en rendre quelques uns et dans un monde idéal, je continuerai d’aimer pareil en acceptant toujours le risque d’être blessé, en faisant avec, en avançant sur ce chemin plein de trous qui pave les années. Je serai comme le chat à la fenêtre qui ne se lasse jamais de toutes les choses qui font semblant d’arriver. Je dois être ce guerrier de l’âme qui met l’Amour avant le bonheur dans ses projets, de sorte que partition de ma vie, je compose toujours avec les notes qui viennent sans jamais en vouloir d’autres. Je ne veux plus attendre le scénario facile où tout coule. J’ai envie d’être d’accord avec mon destin. J’ai envie d’arrêter de faire comme si le monde était supposé être gentil et les saisons comme un vent favorable dans mes voiles. La douceur des jours dans le creux d’une main, et la douleur de vivre dans l’autre, sans préférence. J’ai le goût de me regarder rire et pleurer, et laisser les boucles se boucler. Tout vouloir et ne rien attendre. Et devenir vaste de cœur et calme comme un cimetière où seul mon ego serait enterré.


Image: @chogiseok

  • Karim

Et il y a le beau de la douce folie qu’on atteint à mettre la petite triche sociale de côté. Ce premier rôle qu’on décroche toujours sans audition, entre le masque, l’armure et le vêtement. Le soi pour les autres. La version gratuite. J’ai mangé du Nutella, direct dans le pot évidemment, dans un abandon de principes que je n’avais jamais eus, et toujours en glissant sur cette pente, je me suis fait un trait de chocolat sous chaque œil. Quand t’as des doigts, des joues et du Nutella, ça me paraît évident. Je suis devenu un bêtisier de moi-même. Je suis restée deux plombes au réveil à m’extasier sur l’angle au plafond de ma chambre. Je chante faux, d’un bout à l’autre, des chansons d’amour en mettant ma pizza chèvre/pesto au four. Dans ma tête, je gagne des embrouilles que j’ai perdues y a dix piges, et j’en invente des nouvelles avec tous les chroniqueurs que je vais moucher sur les plateaux télé, une fois que je serai devenue une star de quelque chose. Je vais souvent sous la douche. Des fois pour me doucher, des fois parce que l'acoustique y est bonne, et des fois pour… Je mange quelques bonbons, puis je déglingue le paquet et j’ai honte. Je fais des pompes. À la quatrième, je m’allonge sur le plancher, en pensant à tous les abdos que j’aurais jamais, et je récite tous les poèmes que je connais par cœur, et des mondes colorés coulent de mon plafond. J’entends des enfants rire dans la rue, et une maman qui crie d’attendre avant de traverser. Le chat de mon voisin fait des allers-retours pendant dix minutes pour la beauté du geste. Je fais la paix avec un souvenir ou deux, et je suis là, étendue au milieu du salon, attentive comme seul un fou peut l’être aux respirations du monde. Je me sens belle, calme, et presque contente, en attendant le prochain train de folie qui me poussera à faire des choses étranges.


Image: @holaelo_

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