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  • Karim

La nuit, c’est le monde en plus petit. C’est toute la vie qui tient enfin dans le creux de la main, le rêve qui respire là où la fatigue s’essouffle. Tout n’y existe qu’en ébauche d’un coin à l’autre de la toile noire du ciel. Ceux qui crient la nuit, la déchirent, je ne les vois pas autrement que comme des fous. Ce n’est pas une idée qui traverserait le cerveau d’une personne raisonnable. Les heures nocturnes sont des confessionnels invisibles qui ne tolèrent que des voix feutrées. Quand on parle la nuit, on se confie. Tout ce que le jour n’est pas prêt à entendre, une nuit sans lune te le fait dire sans mal. On s’abandonne la nuit, le jour, on regrette. Il y a même certaines musiques qu’il m’est impossible d’écouter en plein jour, et certaines choses que je ne peux écrire qu’à la lumière d’une lampe. Je ne vais jamais au cinéma en pleine journée à cause des émotions qui déteignent au contact du soleil. La nuit tombe comme un verdict et le jour se lève comme un espoir. Le matin, je regarde vers tout ce que j’aspire à devenir et la nuit venue, je redeviens tout ce que je n’ai pas le choix d’être.


Image: @aykutmaykut

  • Karim

Mon enfance ressemble à ça. Un détail coloré et vibrant dont le bonheur inonde encore mes jours. Un recoin de mon cerveau où le soleil est accroché, où je retourne dans un train de nostalgie qui fait du 25 ans/seconde, aller toujours en première classe et retour en seconde dans un wagon de soupirs. Ce ne sont jamais des moments qu’on recherche dans l’avenir ou le passé, mais la lumière qu’il y fait. Et si elle n’est pas deux fois la même de l’aube au crépuscule, ce qu’elle exprime est éternelle. À Paris, quand la fin d’après-midi laisse les rayons passer sous les nuages, que ça caresse les façades comme les promesses d’un autre siècle. À Montréal, les matins qui embrassent la cime des arbres avant tout le reste, que l’horizon éclate tandis que les rues gardent encore nos trajets au frais. La lumière de mon Lavandou après un jour de Mistral, qui donne aux couleurs une intensité qu’elles ne pensaient même pas avoir. La lumière met n’importe quelle chose face à son éternité, et si sa chaleur est un bienfait, ce qu'elle révèle du monde est une délicatesse pour nos esprits.


Image: @juliejmorley

  • Karim

Je crois avoir passé une heure à regarder le rideau de la grande fenêtre entrouverte onduler sur la brise. Je descends les escaliers de l’hôtel qui a si bien les pieds dans l’eau que je peux y mettre les miens sans trop marcher. La mer finissait à l’horizon, mais commençait dans mon regard. Je ne me suis pas regardé dans le miroir depuis plusieurs jours. Je ne sais plus bien à quoi je ressemble, mais la douceur de l’air, je la sens très précisément. Je choisis mes vêtements au toucher. Les tissus les plus aériens ou rien. Que le moins d’étoffe possible entrave la marche des embruns comme celle du soleil sur ma peau. Les heures passent comme dans du beurre. J’en oublie de manger par moment. Je passe un temps indécent à boire des jus de fruits sûrement exotiques, à l’ombre d’un parasol que je n’ose pas déplacer, même quand son ombre ne me couvre plus. Mon âme s’est vidée les poumons à coup de profonds soupirs. Je sais que le monde continue ses violences quelque part, et qu’il n’est sans doute pas près de changer, et que tout un tas de mauvaises nouvelles attendent dans les boîtes à lettre de gens très bien. Je n’en sais que mieux ma chance, et même, je ne voudrais pas vivre éternellement sous la lenteur des palmiers. Pour les batailles, j’ai mon armure, et pour les jours sous des soleils moins pressés, j’ai ma chemise aux couleurs criardes que le moindre courant d’air amuse. Jorge Ben distille des mélodies dans mon coeur, et je comprends mieux à quel point le bonheur doit être pris au sérieux.


Image: @nathan.head

Inspiration:@charaftajer & @casablancabrand

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