Rechercher
  • Karim

J’écris pour ne pas dire l’essentiel. Ça tourne autour du pot comme des caresses avant les morsures, comme un couplet au service du refrain qu’il connaît bien. Je traîne dans les phrases mais la vérité se trouve aux points comme aux virgules, aux apostrophes perchées qui se demandent ce qu’on fait, en bas, de tous ces mots assemblés. Et parce que je me tais juste avant de dire tout ce qui met mon cœur mal à l’aise, je suis un pyromane sans ambition. Quand je parle de passion, c’est d’un feu qui tient tout juste dans une cheminée. Si j’étais aussi prudent avec l’argent qu’avec les sentiments, je tutoierais ma banquière. Chaque mot est une brique de plus derrière laquelle on cache  la vérité de nos tourments. Ce serait une indécence de présenter nos démons comme des compagnons dont on n’a pas honte, d’exposer nos blessures avant qu’elles ne se soient refermées, et d’attendre du monde qu’il sèche les larmes qu’on lui cache. J’ai le chagrin en costard, propre sur lui et poli. Ma mélancolie s’assoit sur les phrases comme les gens bien élevés sur le bord des chaises. On attend d'être chez soi pour se vautrer. Le vague à l’âme qu’on traîne tous, je le garde pour mon canapé Ikéa qui vieillit pas bien du tout, et les nuits interminables dont il témoigne, avec moi, quand je savoure l’amertume des choses comme si j’étais, du temps qui passe, le savant sommelier.


Image: @dinovalls

  • Karim

Il restera toujours dans un coin de notre être, cet ascète qui n’en veut pas de tout ce vouloir, et des choses qu’il vous faut avoir. Ce serait même pas pour toute la vie mais pour un bout de celle-ci. Parce que même les enfants font des cabanes au printemps, qu’ils ont compris tout ce qu’il faut cacher pour que le bonheur demeure. Je me demande à quoi ça ressemble de se réveiller tous les matins avec seulement le silence qui vient de loin. Quand le bruit n’est plus qu’une petite chose qui arrive jamais exprès, et qu’on aurait presque le goût de s’excuser dès qu’on en fait. Je me demande même si les souvenirs ne reviennent pas différemment. Comme une fumée qui se dissipe vite fait, à la place de ces pensées lourdes dès le café. Je crois que tout me conviendrait de la météo que le ciel déroule. Au soleil du matin, je lui offrirais un sourire en m’étirant comme un félin. Au vent qui a des comptes à régler avec la terre, j’y reconnaîtrais ma propre violence. Devant la pluie en mur d’eau, je me donnerais le droit de la mélancolie la conscience tranquille. Un tout petit monde à moi dans le grand, un vers de mon cru dans le poème des siècles. Lent. Attentif. En indulgence avec moi-même pour se regarder en face sans juge et son procès. Respirer une bonne fois pour toute en pensant à tout le bien qu’il reste à faire, et retourner avec les autres, là où l'amour arrive, et le reste aussi.


Image: @sylvainsarrailh

  • Karim

J’ai pris le monde à contre-pied. La neige est tombée toute la nuit, et ce matin, le monde s’est mis d’accord pour avoir une seule couleur. Un jus de gris comme les draps blancs qu’on a trop passés à la machine. J’étais tout proche de me ramollir les ambitions pour aller avec le jour, mais une rébellion de souvenirs s’est organisée dans mon cerveau, que même moi, j’ai comme subi ma mémoire. J’ai revu les vacances d’été en Algérie et la bande d’enfants qu’on était, et qui enchaînait une connerie après l’autre du matin jusqu’au coucher. Étrangement, j’ai même revu des odeurs. J’ai caressé des couleurs. J’ai revu ces autres étés au sud de ma France, avec maman, sous un tamaris qui faisait à peine de l’ombre pour elle. Et elle passait des heures, tous les jours des vacances, pour la sécurité de mes baignades, et l'intégrité de mon goûter. Je revois les amis, proches comme des frères, avec lesquels on s’est juré des choses sans jamais les dire. Et nos cerveaux, à l’époque, où la place ne manquait jamais pour avoir des rêves plus grands que soi. J’ai revu l’école quand c’était cool, et avant que ça parte en couilles. Les copains de classe dont on se souvient avec le nom et le prénom, comme si on refaisait l’appel. Si je devais mettre mes souvenirs sur testament, ça serait un dessin d’enfant avec trop de couleurs qui débordent de la feuille, des sourires qui dépassent des visages, et un soleil dans chaque coin. Le tout sur un fond de gratitude immense et d’une tendresse infinie pour cette lumière, à laquelle je ne cesserai jamais de m’exposer.


Image: @djamilaknopf

©2020 par karim.auteur.montreal. Créé avec Wix.com