Rechercher
  • Karim

Les gens déprimés sont ceux dont le bonheur est le plus touchant, car le leur s’arrache au temps dans une douleur, comme un hameçon dans du coton. Comme l’âme du pécheur destinée à l’enfer. La joie des gens au fond du seau ressemble au sommet d’une montagne. De gros versants de solitude, de larmes, d’angoisses pour arriver à ce petit moment qui culmine comme un malentendu. Un coucher de soleil semble durer une éternité en comparaison. On ne s’habitue jamais à être triste, on s’y résigne. Et plus le temps passe, plus l’espoir que les choses changent nous va mal. Et on finit par se sentir un peu con d’espérer une vie douce et agréable. Mais quand même, c’était beau ces quelques minutes où tu parlais, confiant en la qualité de mon silence, et bien certain que j’étais assez bizarre moi-même pour ne pas te juger. Par inadvertance, tu t’es abandonné, et j’ai été assez chanceux pour voir ça. Ça a duré le temps de quelques phrases où plus rien n’était lourd, comme le soupir d’un homme qui a la conscience tranquille. Et puis, tu as regardé le ciel histoire de voir d’où venait le vent léger qui se levait, et ça a suffi pour te ramener sur la planète que tu habites. De la violente émotion qui te traversait, quelques secondes plus tôt, n’est resté qu’un sourire attendri pour le naïf en toi qui s’oublie aux grands sentiments quelques fois. J’ai pas eu l’indécence de parler, et je t’ai laissé placer ce moment quelque part au chaud, dans ta mémoire. Ça te servira sûrement pendant les nuits interminables où le sommeil se dérobe.


Image: @inlander

0 vue