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  • Karim

Et il y a le beau de la douce folie qu’on atteint à mettre la petite triche sociale de côté. Ce premier rôle qu’on décroche toujours sans audition, entre le masque, l’armure et le vêtement. Le soi pour les autres. La version gratuite. J’ai mangé du Nutella, direct dans le pot évidemment, dans un abandon de principes que je n’avais jamais eus, et toujours en glissant sur cette pente, je me suis fait un trait de chocolat sous chaque œil. Quand t’as des doigts, des joues et du Nutella, ça me paraît évident. Je suis devenu un bêtisier de moi-même. Je suis restée deux plombes au réveil à m’extasier sur l’angle au plafond de ma chambre. Je chante faux, d’un bout à l’autre, des chansons d’amour en mettant ma pizza chèvre/pesto au four. Dans ma tête, je gagne des embrouilles que j’ai perdues y a dix piges, et j’en invente des nouvelles avec tous les chroniqueurs que je vais moucher sur les plateaux télé, une fois que je serai devenue une star de quelque chose. Je vais souvent sous la douche. Des fois pour me doucher, des fois parce que l'acoustique y est bonne, et des fois pour… Je mange quelques bonbons, puis je déglingue le paquet et j’ai honte. Je fais des pompes. À la quatrième, je m’allonge sur le plancher, en pensant à tous les abdos que j’aurais jamais, et je récite tous les poèmes que je connais par cœur, et des mondes colorés coulent de mon plafond. J’entends des enfants rire dans la rue, et une maman qui crie d’attendre avant de traverser. Le chat de mon voisin fait des allers-retours pendant dix minutes pour la beauté du geste. Je fais la paix avec un souvenir ou deux, et je suis là, étendue au milieu du salon, attentive comme seul un fou peut l’être aux respirations du monde. Je me sens belle, calme, et presque contente, en attendant le prochain train de folie qui me poussera à faire des choses étranges.


Image: @holaelo_

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