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  • Karim

J’ai eu les larmes aux yeux quand je l’ai vue et pour deux raisons. La première, c’est que la cité que j’avais à peine osée imaginer était là, devant moi. C’était la première fois que je voyais derrière des murs de pierre la possibilité d’un bonheur. Pas d’une joie, pas d’un rire, pas d’une escapade d’ivresse ou de jeunesse mais un bien profond comme un pansement sur la solitude de béton que j’avais connue jusque là. Je ne suis pas entré dans les rues tout de suite. J’ai fait comme les amants qui savent prendre leur temps et c’était comme un miel visuel qui me coulait dans l’âme. J’étais rassuré enfin. Et la deuxième raison des sanglots qui me nouaient la gorge venait de la certitude que j’étais en train de rêver. Je savais que mon réveil allait sûrement sonner, que je devrais me brosser les dents, passer les barrières du métro et m’empêcher certaines pensées pour que le jour soit supportable. J’ai fait quelques pas le long d’une rivière en eau de lumière. Seuls des bruits bienveillants me parvenaient de la ville, et au premier visage souriant qui s’est approché, j’ai ouvert les yeux sur le plafond vide de ma chambre. J’ai même entendu le voisin du dessus tirer la chasse. C’était une grosse dose de concret en intraveineuse. En sortant de chez moi, pourtant prêt à reprendre mon cynisme citadin, quelque chose des restes de ce rêve superbe m’a empêché. Et dans une fulgurance que je sais seulement pouvoir venir d’ailleurs, j’ai compris avec toute ma force d’homme que la cité merveilleuse existerait pour toujours dans mon cœur, et qu’il ne tenait qu’à moi de chercher derrière tout mur gris et tout visage fatigué, la lumière qui y existe déjà et qu’on ne cherche que quand on l’a déjà trouvée.


Image: @david_ardinaryas_lojaya

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