Rechercher
  • Karim

J’écris pour ne pas dire l’essentiel. Ça tourne autour du pot comme des caresses avant les morsures, comme un couplet au service du refrain qu’il connaît bien. Je traîne dans les phrases mais la vérité se trouve aux points comme aux virgules, aux apostrophes perchées qui se demandent ce qu’on fait, en bas, de tous ces mots assemblés. Et parce que je me tais juste avant de dire tout ce qui met mon cœur mal à l’aise, je suis un pyromane sans ambition. Quand je parle de passion, c’est d’un feu qui tient tout juste dans une cheminée. Si j’étais aussi prudent avec l’argent qu’avec les sentiments, je tutoierais ma banquière. Chaque mot est une brique de plus derrière laquelle on cache  la vérité de nos tourments. Ce serait une indécence de présenter nos démons comme des compagnons dont on n’a pas honte, d’exposer nos blessures avant qu’elles ne se soient refermées, et d’attendre du monde qu’il sèche les larmes qu’on lui cache. J’ai le chagrin en costard, propre sur lui et poli. Ma mélancolie s’assoit sur les phrases comme les gens bien élevés sur le bord des chaises. On attend d'être chez soi pour se vautrer. Le vague à l’âme qu’on traîne tous, je le garde pour mon canapé Ikéa qui vieillit pas bien du tout, et les nuits interminables dont il témoigne, avec moi, quand je savoure l’amertume des choses comme si j’étais, du temps qui passe, le savant sommelier.


Image: @dinovalls

1 vue