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  • Karim

Mis à jour : mai 23


La rouille a gardé prisonnière l’image qu’elle avait de lui. S'il savait les salins qu’elle a dus endurer, à le confondre avec le moindre marin qui revenait au port, il en serait mort de honte. L’acier poli de ses épaules a vite cessé de luire, les embruns insatiables, se sont chargés de les ternir. Et les moqueries des passants, de voir ce tas de fer sensible attendre le retour dont celui tout le monde parlait déjà au passé. Seulement toi, un fou t’avait donné un cœur. Et le métal de ton corps ne l’a pas plus protégé que les nôtres, sous nos vilaines chairs et nos os fragiles. Je me souviens la première fois que tu as parlé d’amour, parce que ça a été aussi la première fois que tu parlais de chagrin. Tu m’as demandé si ça en valait la peine, en sachant, et déjà aussi bien que moi, que la question n’était pas là. L’amour… Comme le café, vous tient éveillé. Il énerve un peu quand on l’a, vous torture quand il manque, et malgré l’amertume des premières fois, des suivantes, entre temps, on prend goût. Je ne te l’ai jamais dit, mais quelque chose s’est brisé en moi, ce jour de grand vent où on a parlé, à l’abri du phare où tu restais. J’ai compris l’avarice derrière mes amours raisonnables. Et c’est un robot avec des sentiments qui venait de me donner l’une des plus grandes leçons de ma vie. J’ai presque envié ton attente, et à quel point l’espoir doit être délicieux quand il est fou.


Image: @donatoarts

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