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  • Karim

J’avais mes arguments tout chauds dans la bouche, prêt à cracher une bonne tartine de venin pour ce truc si commun qu’on devrait même plus en parler. Tant que j’ai raison, j’ai toujours du mal à me taire. Et, je sais pas, y a eu cette seconde de trop où l’instinct a foutu le camp, et la réflexion a embarqué. J’étais à deux doigts de dire du mal de cette fille et de son selfie, et c’est moi que j’ai vu à sa place, le décolleté en moins. J’allais sortir tous les trucs à la con de narcissisme, de canons de la beauté et de crise morale du monde moderne. Le texte de merde que j’allais pondre sur le sujet faisait exactement le même boulot que sa photo. La différence, c’est qu’elle utilisait des filtres tandis que moi, j’utilisais des mots. Mais la triche et la part d’ego étaient les mêmes. C’était pire encore dans mon cas, parce que ça faisait croire à quelque chose de plus noble, poétique et vaguement intellectuel. C’est juste que je sculpte ma merde avec des outils plus précis que les siens. Et elle, au moins, même si elle mettait une petite phrase inspirante en-dessous sur la confiance en soi pour justifier de montrer son cul, y avait pas beaucoup de poudre aux yeux non plus. Les mots, c’est vraiment un truc de con. Ça fait des phrases, des vers et des romans, et ça se croit plus malin qu’une gamine qui étale son vide. Ça m’a fait un bien monstre de réaliser ça. Ça m’a débarrassé de l’idée que je fais quelque chose d’important ou de profond. Je décris l’intérieur de mon cerveau, et elle, le creux de son décolleté. Balle au centre. À vous les studios.


Image: @russopierreyves

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