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  • Karim

J’ai pris le monde à contre-pied. La neige est tombée toute la nuit, et ce matin, le monde s’est mis d’accord pour avoir une seule couleur. Un jus de gris comme les draps blancs qu’on a trop passés à la machine. J’étais tout proche de me ramollir les ambitions pour aller avec le jour, mais une rébellion de souvenirs s’est organisée dans mon cerveau, que même moi, j’ai comme subi ma mémoire. J’ai revu les vacances d’été en Algérie et la bande d’enfants qu’on était, et qui enchaînait une connerie après l’autre du matin jusqu’au coucher. Étrangement, j’ai même revu des odeurs. J’ai caressé des couleurs. J’ai revu ces autres étés au sud de ma France, avec maman, sous un tamaris qui faisait à peine de l’ombre pour elle. Et elle passait des heures, tous les jours des vacances, pour la sécurité de mes baignades, et l'intégrité de mon goûter. Je revois les amis, proches comme des frères, avec lesquels on s’est juré des choses sans jamais les dire. Et nos cerveaux, à l’époque, où la place ne manquait jamais pour avoir des rêves plus grands que soi. J’ai revu l’école quand c’était cool, et avant que ça parte en couilles. Les copains de classe dont on se souvient avec le nom et le prénom, comme si on refaisait l’appel. Si je devais mettre mes souvenirs sur testament, ça serait un dessin d’enfant avec trop de couleurs qui débordent de la feuille, des sourires qui dépassent des visages, et un soleil dans chaque coin. Le tout sur un fond de gratitude immense et d’une tendresse infinie pour cette lumière, à laquelle je ne cesserai jamais de m’exposer.


Image: @djamilaknopf

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