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  • Karim

Quand on tombe, son sol à soi semble toujours plus dur, les larmes plus amères, les cicatrices plus profondes. Le passé plus insupportable et les lendemains plus durs encore à imaginer. Le vase où l’on puise les raisons de se sentir plus tristes que tout le monde n’a pas de fond. On imagine les autres comme appartenant au même monde, marchant dans un même sens avec des intentions et des quotidiens identiques. C’est un moyen pas cher pour se sentir spécial. Tous ces gens d’accord sur ce que la vie doit être et toi, électron tragiquement libre sur une mer où tous naviguent avec insouciance. Ça donne de l’épaisseur au chagrin. Ça justifie les bords de larmes auxquels la vie nous pousse, et quand certains s’ouvrent, on pense toujours qu’ils parlent d’autre chose. Quand soi-même on se sent seul, les autres ont comme l’air d’être encore plus ensemble. On croit qu’ils vont vers des trucs supers à faire, des amis en pagaille qui les attendent, une famille comme sur les cartes postales. Sur la balance des chagrins, leur solitude pèse toujours moins lourd que la nôtre. Égoïstes même quand on est triste, humains que nous sommes, on ne voudrait partager notre chagrin avec personne, et on brandit les larmes qui en découlent comme titre indiscutable de propriété.


Image: 黄中羊 Huang Zhong Yang

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